ES Tu es né en Nouvelle Calédonie, comment est-ce que tu as commencé la danse là-bas et est-ce que tu as commencé avec la danse classique ou avec une autre discipline?
SKL J’ai commencé la danse à l’âge de 11 ans, dans un petit village du centre de la Nouvelle Calédonie à Bourail. La journée j’allais à l’école, le mercredi après-midi et les WE je rentrais le bétail à cheval, et le soir j’allais prendre des cours de danse moderne avec ma maman Sylvia LOUËT, qui a été mon premier professeur.
ES Qu’est-ce que tu as pensé de l’enseignement à Rudra?
SKL Après 4 ans de formation au Conservatoire National de Danse d’Avignon sous la direction de Nicole CALISE-PRÉTACCHI, je me sentais prêt à poursuivre ma formation dans une autre école.
Un soir, j’ai découvert par hasard à la TV un spectacle de BÉJART : “ Ballet For Life “ sur les musiques de Queen et de MOZART. J’ai été imprésionné par les danseurs et j’ai voulu danser avec eux, ce ballet là!! J’ai trouvé dans un magazine de danse la publicité pour l’audition de l’École-Atelier Rudra BÉJART et j’y suis allé …
ES Quelles sont tes souvenirs de l’école de BÉJART? Quelle est la différence entre cette école et les autres?
SKL La première tournée que nous avons faite été à Moscou, où nous avions dansés au KREMLIN pour rendre Hommage à Giani VERSACE. J’avais 18 ans et je découvrais le monde !! Nous avions dansé “ La Taverve “ et “ Boléro “. C’était un moment extraordinaire, Naomi CAMPBELL avait sa loge à côté de la mienne …
Les professeurs étaient aussi fantastiques et les élèves de Rudra venaient de divers pays. Beaucoup de Cultures et de mentalités différentes, on se sentaient un peu comme des élèves privilégiés.
Rudra est une école où très jeune nous devions nous responsabiliser et être autonome. Parfois ce n’était vraiment pas facile, et le rythme des cours étaient très soutenus.
La tournée d’été avait été aussi un moment important de mon unique année à Rudra, M.BÉJART avait créé “ UN BACIO PER NINO “ spécialement pour notre promotion …
ES Et puis travailler pour Maurice Béjart… Qu’est-ce que tu as appris de ce grand homme et créateur et philosophe?
SKL Le premier mot qui me vient à l’esprit est SPECTACLE. Maurice BÉJART était un philosophe, un grand homme avec une culture infinie, il me semble même qu’il parlait 7 langues différentes. Il adorait interpréter et mettre en scène.
Pour nous guider dans l’interprétation de nos personnages, il le joué lui même une première fois et c’était fascinant de le voir faire. Bien sûr il était intransigeant avec notre technique de danseur, de cette façon il pouvait nous demander de faire des positions ou de danser à l’extrême de nos limites.
Je pense que Maurice aimait aussi la démesure, ses spectacles étaient d’ailleurs toujours grandioses et il les présentaient aussi dans des endroits grandioses.
Grâce à sa vision et à sa conception du spectacle , il me semble que j’ai acquis de bonnes bases pour maintenir en tension dans mes chorégraphies le spectacteur qui, comme lors d’une de mes dernières créations avait commenté : “ j’ai passé un super moment, ce spectacle m’a revitalisé !!! ”
ES Quelles sont tes plus beaux et tes plus mauvais souvenirs de ce temps?
SKL Le rythme éffréné des tournées était quelque chose de difficile parfois. Nous voyagions beaucoup, avec des programmes différents et devions répéter sans cesse les futurs spectacles. La fatigue prenait partie et parfois le corps nous disait stop. Cela se traduisait par un claquage musculaire, une fracture de fatigue ou autre. Blessé, la compagnie repartait en tournée sans nous, et on se sentait comme “orphelin” d’un seul coup … lol
Comme nous voyagions beaucoup, nous prennions aussi souvent l’avion et quelque fois j’ai eu des frayeurs … D’ailleurs Emma, te souviens-tu de notre tournée à KIEF en 1999 ? Le retour à l’aéroport de Genève avait été très chaotique …
ES Pourquoi as-tu quitté la compagnie si jeune?
SKL Maurice a su développer en moi l’improvisation et la création. Je pense que c’était en moi la qualité la plus évidente. Après avoir passé 7 ans dans la “maison BÉJART” j’ai voulu diriger mon travail vers une recherche chorégraphique plus personnel. Comme une envie de se concentrer sur moi-même, découvrir de nouvelles façons de danser, amener ma gestuelle et mon corps vers quelque chose qui lui corresponde plus.
ES Quelles ont été les difficultes pour créer une compagnie de danse en Nouvelle Calédonie?
SKL Cela a été très difficile. J’ai voulu proposer une nouvelle qualité de mouvements en mélangeant la danse classique et les danses traditionnelles du Pacifique. Pour cela il fallait entraîner des danseurs régulièrement et donc les rémunérer, alors l’idée de créer une compagnie permanente m’a semblé indispensable.
Les danseurs venaient de divers horizons et styles de danse différents et après 4 ans de travail acharné, ils avaient atteint un niveau international, ce qui nous a permis de montrer notre travail dans plusieurs festivals du Pacifique. Malgré le soutien financier de nos institutions locales, nous arrivions toujours difficilement à rentrer dans nos frais et avons dû interrompre momentanément la compagnie.
ES Comment décrirais-tu ton style chorégraphique? D’où viennent tes inspirations?
SKL Ma première inspiration est la vie. Un artiste n’est pas un artiste par hasard. C’est quelqu’un qui a besoin de communiquer différement, à l’inverse des “ règles” que la société nous oblige d’apprendre. Parler d’état d’âmes, d’écologie, de rencontres ou de message d’espoir est pour moi plus facile et plus intéressant si je le mets en scène, amplifiant ainsi par la musique, la lumière et le corps la prise de conscience.
Ce que j’aime aussi c’est jouer un autre personnage le temps d’un spectacle, comme si je n’étais plus Sthan. J’ai toujours l’impression dans ses moments là de vivre une autre vie…
Interpréter un spectacle c’est comme un peu “être réveillé dans un rêve”.
Les danseurs sont bien évidemment une source d’inspiration indispensable, et au combien ils ont la capacité à traduire mes idées mais aussi à leur donner du corps, de la force, de la vie, tout cela melangé à leur propre personnalité.
ES Cette année tu as fait une création pour le BBL. Comment as-tu vécu ton retour entant que chorégraphe?
SKL Lorsque Gil ROMAN m’a demandé de leur faire une chorégraphie, je lui ai répondu que pour moi se serait un grand honneur. Chorégraphier pour la compagnie qui a propulsée ma carrière c’est une belle histoire et je reste vraiment très humble devant cette situation que j’espère m’ouvrira de nouvelles portes.
Depuis que Gil a repris la direction du BBL, il me semble que la compagnie prend de nouveaux chemins en conservant l’oeuvre de M.BÉJART. J’ai été imprésionné par le niveau des danseurs, et je les ai trouvé maléables et très ouverts aux nouvelles propositions chorégraphiques.
La première période de création s’est vraiment très bien déroulée, les danseurs et Gil m’ont parut satisfaits de notre collaboration, alors je suis content et en hâte d’y retourner !
ES Et pourquoi La jeune fille et la Mort?
SKL La musique de F.SCHUBERT me parle déjà beaucoup. “La jeune fille et la Mort” sont pour moi deux personnages d’oppositions mais à la fois indissociable et unis intimement par la vie.
Je suis fasciné par le fait que toute mort donne forcément naissance à autre chose, et plus particulièrement sur l’analyse des états d’âmes d’un être humain. Le sentiment, bon ou mauvais, vit à sa manière et c’est seulement notre état d’esprit qui l’anime, le préserve ou le tue. Bien souvent celui-ci réagit aussi par les informations qu’il reçoit de l’extérieure et nous devons à ce moment là le contrôler encore différement.
Ce qui me plaît dans ce thème de “La jeune fille et la Mort” c’est cette dualité entre les sentiments profonds et les sentiments “imposés” qui finalement dirigent nos choix de vie, laissant mourir et naître incessament de nouveaux comportements, de nouvelles émotions …

